RDC : Le parc national des Virunga face à une double menace

  • Depuis la fin de 2021, à peu près 50 agriculteurs ont été arrêtés et emprisonnés par les éco gardes suite aux conflits liés aux limites du parc national des Virunga entre les populations riveraines du parc dans le territoire de Rutshuru et l’institut Congolaise pour la Conservation de la Nature (ICCN).
  • L’interprétation des vieux textes de loi régissant les limites géographiques du parc national des Virunga accentue les conflits entre les gestionnaires et les populations riveraines.
  • A part la menace des agriculteurs, c’est au tour des hostilités entre l’armée congolaise (FARDC) et le groupe armé le M23 de peser lourd sur les épaules du parc des Virunga paralysant même l’exécution des différents projets environnementaux, socio-économiques et touristiques.
  • La sécurité des éco gardes du parc est également menacée selon l’ICCN qui dit avoir déjà enregistrée plusieurs morts depuis le début des conflits.

Le parc national des Virunga est situé à l’est de la République Démocratique du Congo.  Malgré plusieurs initiatives socio-économique ce parc d’une superficie de 7900  km2, c’est-à-dire presque 74 fois la ville de Paris fait face à une série de pression humaine notamment de la part des habitants qui veulent prendre des terres à celui-ci.

L’Institut Congolais pour la Conservation de la nature (ICCN) tire la sonnette d’alarme sur la double agression actuelle constituée par des agriculteurs et des attaques  des groupes armés dans le parc dont le M23.

Au fur et à mesure que les jours avancent, il s’avère impossible de contrôler de façon régulière toute l’étendue de ce gigantesque parc de plus de 79.000 hectares d’autant plus qu’il a plusieurs groupes armés qui y trouvent refuge ou y trouvent des ressources pour leurs combats.

Arrestation des agriculteurs dans le parc

La tension est montée d’un cran depuis l’année 2021. Un membre de la société civile de Rutshuru au nord Kivu, à l’est de la RDC déplore un conflit entre les cultivateurs et les éco gardes de l’ICCN.

Par ailleurs, Jean Claude Bambanze de la société civile de Rutshuru au nord Kivu déplore que depuis le mois de janvier  à août 2022, au moins 66 agriculteurs ont été arrêtés par les éco-gardes du parc de Virunga, accusés de violer les limites du parc  pendant leurs activités champêtres.

Bambanze et les autres activistes de la société civile regrettent que les agriculteurs aient été arrêtés et maltraités par les éco-gardes avant  d’être emmenés dans différentes prisons loin de leurs villages.

Selon des sources sur place, les agriculteurs avaient été sommés de quitter les champs avant la fin de janvier 2022, chose qui n’a pas été faite d’où le retour de la colère des éco gardes qui veulent les déloger à tout prix du parc national des Virunga.

Près de 200 organisations saisissent le président de la République

Dans ce conflit opposant la population riveraine du parc et l’institut congolais pour la conservation de la nature au Nord-Kivu, 190 organisations œuvrant pour la défense de l’environnement avaient même adressé une correspondance au chef de l’Etat Félix Tshisekedi dans laquelle ils sollicitaient son intervention pour bloquer l’envahissement du parc de Virunga par la population.

Le nouveau directeur de l’ICCN Olivier Mushiete lors d’une visite qu’il venait d’effectuer dans le parc des Virunga avait annoncé que sa première priorité sera de mettre l’homme au centre de ses activités.

Pour lui, le problème de respect des frontières est essentiellement une affaire de coopération avec les communautés locales vivant à proximités du parc. Mushiete semble privilégier une approche participative de la population riveraine dans la gestion du parc.

C’est d’ailleurs ce qu’avait recommandé le chercheur écologiste Esther Marijnen de l’organisation Conflict Reseach Group, une unité de recherche multidisciplinaire de l’université de Ghent de Belgique qui a indiqué que :

« Tant que le conflit sur les limites du parc des Virunga n’est pas résolu, il existera beaucoup de mécontentement des civiles par rapport au parc et ses agents ».

Selon les conclusions d’une étude de la commission  chargée de vérifier la démarcation des limites de ce parc réalisée par l’Université Chrétienne Bilingue du Congo avec l’unité de stabilisation de la Monusco présentée le 18 août 2022, les limites actuelles du parc des Virunga telles que présentées par l’ICCN sont légales. Malgré ces conclusions, les habitants vivant au tour du parc trouvent plutôt des lois sur la délimitation du parc trop vieilles car elles datent de la période coloniale.

L’insécurité  menace le parc

Le parc national des Virunga est au cœur de la région affectée par l’insécurité qui y sévit depuis la résurgence de la rébellion du M23 en 2021.

Ce parc a été victime d’une violente attaque à l’artillerie lourde où les obus lancés en provenance des positions de cette rébellion installées non loin du parc ont visé le chantier de la nouvelle centrale hydroélectrique de Rwanguba faisant d’énormes dégâts selon un communique de l’ICCN.

Le même communiqué a précisé que l’artillerie a détruit une partie du chantier entrainant des dégâts matériels significatifs notamment pour les équipements et plusieurs victimes dans les villages aux environs du parc.

Le porte-parole de l’ICCN Bienvenu Bwende a déploré des dégâts et impacts environnementaux, sociaux et touristiques dus à ces bombardements.

C’est le secteur des gorilles de montagne, la partie sud-est du parc qui se trouve à cheval entre le  Rwanda et la RDC qui est le  plus touché par d’intenses combats depuis octobre 2021 selon les FARDC.

En effet, l’ICCN indique que les gorilles de montagnes du parc sont déstabilisés et étaient obligés de prendre fuite vers le parc des volcans au Rwanda voisin.

Il déplore également la fermeture des activités touristique suite à l’occupation des rebelles de M23 des sites touristique et des villages qui sont également des sites touristiques d’un revenu annuel évalué à 70 millions de dollars.

Les activités de pêche dans le Lac Edouard qui génèrent en moyenne par an un montant de 30 million de dollars et plus de 50.000 familles qui dépendent du lac pour leur approvisionnement en eau douce est actuellement à l’arrêt.

L’ICCN en tant qu’entité étatique acteur majeur de développement local en plus de sa mission de conservation de l’environnement indique que plusieurs de ses projets de développement qu’elle a déjà mis en œuvre dans ce parc sont paralysés.

Le ministre congolais du tourisme Medero Nsimba quant à lui regrette que ces affrontements à l’intérieur du parc ont déjà manifesté un impact considérable sur l’environnement, le tourisme, mais aussi sur le tissu socio-économique dans la mesure où le parc est capable de générer en temps stable 48,9 millions de dollars et de créer 45000 emplois.

Des habitants proches du parc érigent champs et cultures au tour du parc. Cela inquiètent les gardiens du parc des Virunga/Photo de John Cannon/Mongabay

Les gardes forestiers également victimes

 Le conflit qui oppose certaines communautés locales quant au tracées des limites occupe un quart du territoire de Beni, Lubero, Masisis, Nyiragongo et Rutshuru et prive les agriculteurs l’accès à des terres qu’ils avaient l’habitude de cultiver selon Christophe Vogel de l’université Gand.

L’engagement actuel des éco gardes du parc de collaborer avec l’armé  pour lancer des offensives visant à dégarnir toute présence de groupes rebelles le fait leurs principaux ennemis.

Plusieurs études qui ont été faites sur l’insécurité dans le parc des Virunga ont révélé que les rebelles utilisent ce problème pour gagner le soutient de certaines personnes vivant autour du parc.

Depuis l’année dernière, l’ICCN a déjà dénombré plus de 150 éco gardes tués par différents groupes armés et d’autres ont été enlevés.

Ces attaques ciblent en même temps les civiles des différentes localités des villages avoisinants le parc accusés de désobéissance à leurs ordres selon le porte-parole de l’ICCN.

Les richesses du parc alimentent les conflits selon les chercheurs

D’après le chercheur est spécialiste sur les questions des groupes armés dans la région des Grands-Lacs et dans la zone orientale de la RDC, « il est indispensable de s’attaquer aux racines de cette contestation d’autorité publique, et de trouver des compromis pragmatiques afin de réconcilier les besoins des populations pour supprimer davantage la légitimité des groupes armés. »

Me Olivier Ndoole le secrétaire exécutif de l’ONG Alerte Congolais pour l’Environnement et les droits humains (ACEDH) abonde dans le même sens.

Il propose pour sa part au gouvernement congolais d’initier un dialogue démocratique avec les riverains de toutes les aires protégées de la RDC.

D’abord pour savoir et analyser leurs demandes, et ensuite faire des plans de gestions répondant à toutes les préoccupations pour que les parcs jouissent d’une responsabilité sociale.

Bantu Lukambo le directeur général de l’ONG Innovation pour le Développement et la Protection de l’Environnement (IDPE) déplore cette situation  actuelle du parc.

Il interpelle le gouvernement congolais à faire des efforts pour améliorer la situation du parc des Virunga qui se trouve déjà sur la liste rouge des sites touristique du patrimoine mondiale en péril.

« Nous sommes en train de plaider pour que le gouvernement puisse faire quelque chose pour le parc National des Virunga et restaurer la sécurité pour que ce parc nous aider à booster notre économie » a-t-il explique.

Article tiré de ©Mongabay

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