L’école ’’Penn Blind School’’ : De l’exclusion à l’inclusion

Au Burundi comme dans beaucoup d’autres pays d’Afrique, les personnes qui naissent avec handicap visuel sont souvent discriminées et livrées à elles-mêmes. Le Burundi est désormais conscient que l’indifférence et la marginalisation ne sont pas la solution à ce problème et que cela ne rapporte rien en termes d’amélioration de la société. L’engagement du Burundi en faveur de l’accès de tous les élèves à l’éducation constitue une grande avancée dans la prise en compte des élèves handicapés et de leurs besoins. Depuis 2012,  le gouvernement s’est donné  l’objectif d’améliorer et d’étendre son programme dans l’enseignement. Il s’efforce de faire tomber les barrières à travers une éducation inclusive conformément à la constitution de la république du Burundi selon laquelle, « {……} chaque enfant a droit à l’éducation inclus ceux vivants avec handicap.  Elle ajoute la gratuité de l’enseignement primaire dans les établissements publics.» Des enfants en situation d’handicap bénéficient  donc d’une formation classique dès le fondamental malgré que les écoles pratiquant l’éducation inclusive restent encore limitées. Cependant, si la politique nationale ne s’implique pas en profondeur, les institutions privées le feront. Penn Blind School est un établissement scolaire à système d’internat à la fois fondamentale et poste fondamentale. Il est située en zone Ramba de la commune Kabezi sur une vaste propriété de plus de 10 hectares,  à quelques mettre du lac Tanganyika, à proximité de la RN3 qui mène vers la région sud du Burundi. Dotée de belles infrastructures adaptées pour les déficients visuels, elle a démarré avec un total de 4 apprenants tous déficients visuels. Depuis lors, avec ce plan d’une éducation inclusive, d’inscrire et d’accueillir tous les apprenants confondus, le nombre est passé de 107 dont 95 aveugles et déficients visuels. Ils sont logés, nourris, soignés gratuitement. Ils trouvent tout le nécessaire à l’internat. Les 12 voyants bénéficient seulement de la gratuité scolaire. Ce sont des externes, selon Serges Yandokoye directeur de cet établissement. Les performances de l’école Penn Blind School Les résultats de l’école dans les tests nationaux sont satisfaisants. Lancée en avril 2018, Penn Blind School de Gakungwe n’a cessé d’afficher ces dernières années de bonnes performances dans les tests nationaux avec un taux de réussite enregistré de 100%, se réjouit Yandokoye. Le responsable de cette école salue en outre l’introduction du programme de l’éducation inclusive à son établissement. Elle permettra aux enfants malvoyants d’avoir les mêmes chances d’éducation que les autres. Avec ce programme, elle accueille les enfants et les jeunes voyants et non-voyants qui y apprennent ensemble les cours en écriture braille et en écriture romaine. Les classes ont toujours de petits effectifs ne dépassant pas un nombre de neuf élèves. Cela permet à l’enseignant de bien suivre un à un selon son niveau d’adaptation. Le directeur de l’établissement souligne que l’écriture braille est assez fastidieux. Les difficultés rencontrées dans les écoles publiques Le Burundi est encore en arrière en ce qui est de l’éducation inclusive comparativement aux autres pays. Les statistiques montrent que plus de 70% des enfants vivants avec handicap n’ont pas accès à l’éducation malgré les différents instruments juridiques internationaux sur les droits des personnes handicapées que le pays a ratifié. Au moment où le gouvernement lance cette initiative, sa stratégie d’éducation inclusive a encore besoin d’être renforcée par des actions spécifiques en faveur des personnes vivant avec handicap en général, et les déficients visuels en particulier. On rencontre parmi les difficultés le problème d’insertion des aveugles dans les établissements ordinaires. Les écoles qui les reçoivent ne possèdent pas du matériel adapté à leur handicap. Ce kit n’est disponible que dans des centres d’appui techniques privés, suffisamment outillés pour leur prise en charge. Le cas illustratif est celui d’un certain Nelson, un élève sourd-muet qui a quitté au cours de cette année scolaire, l’école des sourds EPHATHA de Bujumbura pour rejoindre l’Ecofo Maramvya en province Kayanza dans la section informatique de gestion. Malheureusement, il s’est retrouvé en difficultés de suivre les cours  suite au manque des personnes spécialisées en interprétation de signes. Il faut aussi noter des établissements publics qui ne possèdent pas de rampes, de bancs pupitres, du matériel didactique adapté à l’apprentissage des enfants handicapés et de signalisations pour les aveugles. A cela s’ajoute l’absence des interprètes de signes pour cette catégorie de personnes. Difficultés rencontrés dans les privées Les possibilités d’éducation des enfants présentant un handicap physique sont souvent rares. Là où elles existent, les écoles éprouvent des difficultés puisqu’elles sont sous-financées. Bien que les écoles  spécialisées existent, ce sont des privées et coûtent chères. En plus, elles ne sont pas disponibles dans toutes les provinces. Pourtant, un bon nombre d’enfants handicapés viennent des familles pauvres. Il est important de comprendre que les aveugles et les malvoyants constituent un groupe négligé de la population, en particulier les enfants. Cas de l’école Penn Blind School de Gakungwe Elle est fondée par Uwiragiye dans un souci d’aider cette catégorie de burundais confrontée à une série de limitation et d’abus en raison de leur statut. Cette école les aide à sortir de cette impasse sociétale pour développer des compétences qui les rendront employables. Elle est financée à 100% par l’entreprise Musumba Steel. Ce financement ne couvre pas tous les besoins pour son bon fonctionnement comme l’a signalé Serges Yandokoye. Les dépenses budgétaires annuelles dépassent les 500.000.000 fbu selon le directeur. Les aveugles sont prises en charge dès le bas âge. Ils apprennent l’écriture braille, qui leur permet de développer le toucher en manipulant le matériel didactique adapté avant de les orienter vers le cycle suivant. En outre, l’école est confrontée à une carence d’enseignants spécialisés et leur rémunération. Elle dispose 17 enseignants permanents qui sont payés moyennant les fonds  propre alloués pour le fonctionnement de celle-ci. De ce qui précède, le directeur demande au gouvernement de subventionner l’école à l’instar des autres établissements publics à système d’internat. Il recommande aussi le payement des salaires de son personnel enseignant. Serges Yandokoye émet le souhait selon lequel les enseignants de Penn Blind Schoolpuissent suivre les formations relatives à la prise en charge des personnes vivant avec handicap organisées par le ministère de l’éducation pour renforcer la capacité de son personnel. En outre, l’école accuse un manque de matériel didactique adapté aux malvoyants: papier, bull, tablettes, poinçons, machines imprimantes des notes et leurs pièces de rechange, etc… qui sont rares sur le marché burundais. Victor Ntakirutimana, directeur général de l’éducation inclusive à Penn Blind School plaide auprès de l’office burundais des recettes pour l’exonération de toutes ses importations. Pour cette autorité, il ne s’agit pas des importations à caractère commercial qu’il faut taxer, mais plutôt d’un geste humanitaire pour l’intérêt des vulnérable.
Daniel Ntiranyibagira, technicien formateur des enseignants/ photo de Dieudonné Ndanezerewe-Burunga News
Daniel Ntiranyibagira, technicien formateur des enseignants/ photo de Dieudonné Ndanezerewe-Burunga News
Un aveugle formateur lance un appel Formé en France, Ntiranyibagira Daniel est un aveugle technicien formateur des enseignants en écriture braille en même temps professeur d’art musical. Pour ce technicien, « enseigner les aveugles n’est pas un emploi comme on le pense, mais plutôt c’est avant tout une vocation à voir comment c’est une tâche très difficiles qui demande un peu de retenu ». Il a également épinglé l’humiliation actuellement en régression à laquelle faisaient face les personnes vivant avec handicap. Elle était dernièrement sanctionnée notamment par la méfiance et la négligence. Quelques fois subissaient des injures, de la part de leurs collègues qui leur attribuaient des sobriquets importuns liés à leur handicap. Il invite aussi les aveugles à ne pas se décourager, à se tailler une place de choix dans la société, car ils jouissent les mêmes droits que les autres. «Les aveugles ne doivent pas être parqués dans un établissement parce que le système éducatif exclut le ghetto. Ils sont capables d’exercer toute activité génératrice de revenu.» De l’éducation inclusive à l’inclusion professionnelle Beaucoup des aveugles, quand ils terminent leurs études ont un problème d’être embauché. Le peu d’emplois qui soient disponibles restent souvent hors de portée de personnes à déficiences visuelles. Ntiranyibagira Daniel plaide pour la mise sur pied d’une politique nationale susceptible d’embaucher les aveugles. Le gouvernement devrait faciliter l’accueil et la collaboration avec un collègue déficient visuel au travail pour aider cette catégorie de personnes souvent rejetées par la société. Il a émis les vœux de voir un aveugle occupé un poste de responsabilité politique, devenir gouverneur de province, Ministre, député comme il a été le cas chez les Batwa.

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