Forêts et finances : Un projet routier, des paniers de nourriture et une faune unique

by Mongabay.com 

  • Une étude d’impact sur l’environnement révèle qu’un projet d’autoroute entre les villes sénégalaises de Dakar et de Saint-Louis entraînerait l’abattage de près de 400 000 arbres dans deux réserves forestières situées le long de la route.
  • En Zambie, une étude indique que les familles dépendent fortement des aliments issus de la forêt, ce qui les expose davantage à l’insécurité alimentaire car la disparition des forêts s’accentue dans le pays.
  • Des chercheurs qui espèrent créer une nouvelle zone protégée dans la forêt de Gura Ferda, dans le sud-ouest de l’Éthiopie, ont noté une biodiversité riche et unique à la suite d’une expédition dans la région.
  • Forêts & Finance est le bulletin bihebdomadaire de Mongabay qui présente un récapitulatif sur les forêts d’Afrique.

DAKAR — Au Sénégal, la construction d’une autoroute reliant Dakar, la capitale, à Saint Louis la principale ville du nord, va provoquer un empiétement sur la forêt classée de Rao et celle de Pire Goureye selon le rapport d’étude d’impact environnemental.

La réalisation de ce projet qui s’étend sur 200 km pose des risques élevés de la nappe phréatique dans plusieurs localités et une réduction considérable des terres arables dans les zones concernées, d’après les responsables de LEGS Africa. « Les pertes en terre agricoles pour la section Dakar-Mékhé sont estimées à 1.871 ha, et à 1.309 ha sur l’axe Mékhé-Saint Louis, et celles en terre d’habitation portent sur 3.545 ha pour les deux axes », selon eux.

La concrétisation de ce projet va aussi entraîner l’abattage de près de 400.000 arbres forestiers dans un contexte de désertification, et le maintien des populations dans un environnement propice à l’exercice de leurs activités agricoles et d’élevages reste fortement compromis, s’inquiète l’association Leadership, équité, gouvernance et stratégie pour l’Afrique, une initiative panafricaine d’orientation scientifique, politique, économique et sociale.

Les populations impactées par le projet ont tenu une assemblée générale fin septembre pour dénoncer la démarche adoptée par les autorités et les montants d’indemnisation qui leur sont proposés. « Socialement, le projet va faire disparaitre plusieurs villages dans le département de Saint Louis. Economiquement, des milliers de personnes perdront leurs lieux de travail parce que l’autoroute y passe », a fait remarquer Ousmane Ndiaye le porte-parole des 1300 familles impactées par le projet.

« A défaut de pouvoir renoncer à la réalisation du projet qui va, à coup sûr, entraîner sensiblement la réduction des réserves boisées locales déjà très maigres dans les zones concernées, la solution qui s’impose sera de procéder, parallèlement à la construction, à des reboisements d’espaces avec des espèces d’arbres à croissance rapide », suggère Mansour Ndiaye le président de l’association Afrique Verte et Fertile au Sénégal AVF-Sn.

La réalisation du projet débute durant la fin de l’année 2022 a assuré le ministre sénégalais des infrastructures Mansour Faye. Le directeur général de l’Ageroute Mor Gueye Gaye a, pour sa part, précisé que les travaux devraient être achevés en juin 2025.

Saint-Louis, Sénégal : une nouvelle autoroute reliant cette ville du nord à la capitale, Dakar, va empiéter sur les réserves forestières et forcer jusqu’à 1300 familles à quitter leurs fermes. Image de Gabriel de Castalaze via Flickr (CC BY-NC-ND-2.0)

La forte dépendance à l’égard des produits issus de la forêt met les Zambiens en danger alors que la déforestation progresse

LUSAKA – Chaque année, les Zambiens récoltent au moins 84 000 tonnes d’aliments sauvages provenant des forêts du pays. Selon des chercheurs, cette source essentielle de nourriture est menacée par la disparition progressive des forêts. Ils avertissent que la déforestation, la perte de biodiversité causée par l’urbanisation, l’expansion de l’agriculture et la production de charbon de bois auront probablement un impact néfaste sur les familles qui luttent contre l’insécurité alimentaire.

Ashley Steel, de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, ainsi que ses collègues ont enquêté auprès de 209 familles dans cinq provinces de trois régions écologiques différentes de la Zambie. Ils ont constaté que tous les ménages, sauf un, récoltaient des aliments sauvages.

L’équipe a mesuré la taille des récipients que les familles utilisent pour leurs récoltes. En se basant sur les quantités collectées sur les sites d’étude, l’équipe a estimé que les Zambiens remplissaient chaque année 12 millions de seaux de 20 litres (5,3 gallons) de nourriture sauvage récoltée dans les forêts, soit un total d’au moins 238 000 mètres cubes (62,9 millions de gallons).

Les champignons, les légumes à feuilles vertes et les fruits d’arbres tels que le Mahobohobo (Uapaca kirkiana) et le Parinari curatellifolia sont populaires, mais également les chenilles, les noix, les tubercules et les petits mammifères comme les mangoustes et les souris.

L’étude, publiée récemment dans People and Nature, a révélé que les familles pauvres ne sont pas les seules à récolter les aliments sauvages. En effet, les ménages aisés en dépendent également. Ces aliments enrichissent les régimes alimentaires à base d’amidon en vitamines et en minéraux.

« Les volumes considérables d’aliments sauvages récoltés n’ont surpris personne, mais l’omniprésence de la collecte et la diversité des espèces et des aliments collectés, même par des ménages individuels, étaient particulièrement intéressantes », a déclaré Steel.

Environ 60 % du territoire zambien est encore boisé. Mais ce pays d’Afrique australe a perdu plus de 1,8 million d’hectares de forêts entre 2000 et 2020, selon Global Forest Watch. À mesure que les forêts se dégradent, le rendement des aliments sauvages diminue et les gens sont obligés de passer plus de temps à les chercher.

« Nous avons interrogé les membres de la communauté sur les tendances observées en matière de disponibilité des aliments sauvages et la plupart des gens ont signalé que les aliments sauvages sont moins abondants », a déclaré Steel à Mongabay. « On ignore si la menace de disparition totale existe, mais il y a sans aucun doute déjà des inquiétudes sur la faible disponibilité actuelle de certains aliments et sur l’approvisionnement futur. »

Steel ainsi que ses co-auteurs réclament que les aliments sauvages soient considérés comme faisant partie intégrante de la protection, de la restauration et de l’utilisation des forêts de Zambie. « De cette façon, nous pouvons garantir à la fois la disponibilité de ces aliments à l’avenir et l’accès à ces aliments pour les communautés locales », a déclaré Steel.

Two cracked yellow containers balanced on a large basket, all full of matobo, a spherical brown-skinned forest fruit that is popular with Zambians. Image courtesy Ashley Steel.
L’Azanza garckeana, connu localement sous le nom de matobo, est un fruit indigène populaire auprès des Zambiens. Image offerte par Ashley Steel.

Dans un autre article, les auteurs montrent l’importance des fruits sauvages dans le régime alimentaire des Zambiens : ils représentent 80 % de la consommation totale de fruits.

« Si les forêts de Zambie venaient à disparaître, les impacts sur les régimes alimentaires pourraient être dévastateurs », souligne l’équipe de recherche dans l’article publié par le Centre pour la recherche forestière internationale (CIFOR). « La gestion forestière qui favorise le reboisement et la restauration, y compris les arbres comestibles ou les dispositions d’accès à la terre, pourrait améliorer les régimes alimentaires, en particulier pour les populations rurales. »

Une tentative de protection de la forêt éthiopienne met en évidence la biodiversité unique de la région

GURA FERDA, Éthiopie – Une expédition visant à obtenir le statut de forêt protégée pour l’une des plus importantes forêts d’Afrique de l’Est a révélé un havre écologique abritant des espèces qui ne se trouvent nulle part ailleurs.

L’écologiste et spécialiste des zones protégées Julian Bayliss, qui a passé plus de 30 ans à travailler dans des environnements forestiers à travers l’Afrique, a déclaré que la forêt de Gura Ferda, d’une superficie de 40 000 hectares, dans le sud-ouest de l’Éthiopie, se distingue.

« Il s’agit de la forêt la plus importante d’Éthiopie, voire de la région d’Afrique de l’Est, car elle se distingue par sa taille et son état », a déclaré Bayliss, lors de son retour de la récente expédition dans la forêt située près de la frontière avec le Soudan du Sud. « C’est l’une des forêts afromontanes les plus intactes que j’ai visitées. »

Selon certaines estimations, les forêts humides contiennent jusqu’à 80 % de la biodiversité terrestre. Les forêts afromontanes, qui font partie de ce groupe, sont également très anciennes, ce qui donne lieu à des spéciations, des espèces endémiques et des sites uniques de biodiversité.

« Nous savons déjà qu’elle abrite une série d’espèces endémiques éthiopiennes d’oiseaux, d’amphibiens et de reptiles », a déclaré Bayliss. « Une future enquête sur les petits mammifères devrait révéler d’autres espèces endémiques. Ces habitats afromontanes sont connus pour être riches en biodiversité et en espèces endémiques, et une zone aussi vaste que celle-ci ne fera pas exception. »

La forêt se trouve à mi-chemin entre les parcs nationaux de Gambella et d’Omo, offrant un couloir aux animaux pour se déplacer entre les zones protégées. Malgré ses caractéristiques uniques, sa biodiversité et son importance pour la faune locale, Gura Ferda elle-même n’est pas officiellement protégée.

En collaboration avec l’Autorité éthiopienne pour la conservation de la faune sauvage (EWCA), Bayliss a mené une expédition sur place en mai et juin pour recueillir des données dans l’espoir de créer une nouvelle zone protégée. Pendant et après le voyage, il a déclaré qu’il en était venu à penser que le modèle approprié ici serait une zone de conservation communautaire basée sur la bonne gestion et les moyens de subsistance durables que la communauté locale tire de la forêt.

En accordant à la forêt une protection formelle en tant que zone de conservation communautaire, les communautés locales, en particulier les Sheko qui sont majoritaires dans la région, seraient en mesure de continuer à la protéger.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *